EMDR et Gestalt-thérapie : quand le travail du traumatisme rencontre le travail du contact
Et si le traumatisme ne se racontait pas seulement avec des mots, mais aussi avec le corps, les émotions et la manière dont nous entrons en relation avec le monde ?
Certaines expériences laissent une empreinte profonde. Un événement traumatique, une séparation, une violence, un accident, une situation d’entreprise ou encore des expériences répétées de rejet peuvent continuer à produire des effets longtemps après qu’elles se soient terminées.
Il arrive alors que la personne sache intellectuellement que « c’est fini », mais que son corps, ses émotions ou ses réactions continuent de vivre comme si le danger était encore présent.
L’ EMDR peut aider à retirer les souvenirs traumatiques qui restent douloureusement actifs. La Gestalt-thérapie , quant à elle, s’intéresse à la manière dont une personne vit ce qui lui arrive aujourd’hui : ses émotions, ses sensations corporelles, ses besoins, ses relations et sa manière d’entrer en contact avec son environnement.
Associer ces deux approches peut ainsi ouvrir un espace particulièrement riche : prendre soin de ce qui a été vécu tout en permettant à la personne de retrouver davantage de liberté dans sa vie actuelle.
Le traumatisme : quand le passé continue à agir dans le présent
Après un événement traumatique, le souvenir peut rester « bloqué » d’une manière qui ne ressemble pas à un souvenir ordinaire.
Une image revient de façon intrusive. Une sensation corporelle apparaît sans que l’on comprenne pourquoi. Une émotion semble disproportionnée par rapport à la situation actuelle. Certains comportements se répètent malgré soi : éviter, se couper de ses émotions, se mettre en retrait, chercher à contrôler, se méfier, se suradapter…
Le traumatisme peut également modifier la relation que l’on entretient avec soi-même et avec les autres. Une personne peut par exemple avoir du mal à poser ses limites, à faire confiance, à prendre sa place ou à reconnaître ses besoins.
C’est ici que la rencontre entre EMDR et Gestalt-thérapie peut prendre tout son sens.
L’EMDR : retraiter les expériences qui restent douloureusement présentes
L’EMDR, ou Eye Movement Desensitization and Reprocessing , est une approche développée par Francine Shapiro.
Elle est notamment utilisée dans la prise en charge des traumatismes psychiques. Le protocole EMDR permet, lorsque les conditions de sécurité et de stabilité sont réunies, de travailler sur des souvenirs, des croyances négatives, des émotions et des sensations corporelles associées à une expérience difficile.
L’objectif n’est pas d’effacer le souvenir.
Il s’agit plutôt de permettre à la personne de pouvoir de se souvenir de ce qui s’est passé sans être à nouveau submergée par l’expérience .
Le souvenir peut alors progressivement prendre sa place dans l’histoire de la personne : quelque chose qui est arrivé, mais qui n’est plus en train d’arriver.

Quand les deux approches se rencontrent
Dans un accompagnement associant EMDR et Gestalt-thérapie, les deux approches peuvent dialoguer tout au long du processus.
L’EMDR peut permettre de travailler directement sur certaines expériences traumatiques.
La Gestalt peut, de son côté, aider à explorer ce que ces expériences ont produit dans la manière d’être au monde aujourd’hui. Par exemple, une personne peut avoir vécu des situations dans lesquelles ses limites n’ont pas été respectées.
Le travail ne consiste alors pas uniquement à retirer les souvenirs associés à ces expériences.
Il peut également être important d’explorer :
- comment la personne ressent aujourd’hui ses limites ;
- comment elle repère qu’une limite est franchie ;
- ce qu’elle fait lorsqu’elle ressent un inconfort ;
- ce qui l’empêche de dire non ;
- ce qu’elle imagine qu’il pourrait se passer si elle s’affirmait ;
- comment elle peut retrouver progressivement une capacité à choisir et à agir.
Le travail du traumatisme rencontre alors le travail du présent.
Le corps : un point de rencontre essentiel
Le corps occupe une place importante dans ces deux approches.
Le traumatisme peut laisser des traces corporelles : tension, accélération du rythme cardiaque, boule dans la gorge, oppression, sidération, agitation, sensation de danger…
En Gestalt-thérapie, ces manifestations peuvent devenir des portes d’entrée vers l’expérience.
Plutôt que de immédiatement à les faire disparaître, on peut apprendre à les observer et à les reconnaître.
« Qu’est-ce que je réponds exactement ? »
« Où est-ce que je le ressens ? »
« Que se passe-t-il si je reste quelques instants avec cette sensation ? »
« De quoi mon corps aurait-il besoin maintenant ? »
Cette attention permet parfois de retrouver progressivement une capacité à écouter les signaux corporels et à différencier ce qui appartient au passé de ce qui se passe réellement dans le présent.

Retrouver du choix
Le traumatisme peut donner l’impression de ne plus avoir le choix.
- On réagit avant même d’avoir pu réfléchir.
- On se soumet.
- On fuit.
- On se fige.
- On cherche à contrôler.
- On s’éloigne de l’autre.
- On se coupe de soi.
Le processus thérapeutique peut progressivement permettre de retrouver davantage de possibilités.
Je peux rester.
Je peux partir.
Je ne peux pas dire non.
Je peux demander.
Je peux m’approcher.
Je peux prendre de la distance.
Je peux ressentir.
Je peux choisir.
C’est aussi l’un des enjeux fondamentaux de la Gestalt-thérapie : retrouver une capacité à être en contact avec soi-même, avec l’autre et avec son environnement, avec davantage de liberté.
EMDR et Gestalt : une complémentarité, pas une recette
Associer EMDR et Gestalt-thérapie ne signifie pas appliquer systématiquement les deux méthodes à chaque séance.
Le processus thérapeutique s’adapte à la personne, à son histoire, à ses ressources et à ce qui est possible pour elle à un moment donné.
Il peut être nécessaire, avant de travailler directement sur un souvenir traumatique, de renforcer les ressources, la sécurité intérieure et les capacités de régulation émotionnelle.
Parfois, le travail passera davantage par la parole, le ressenti corporel ou l’exploration de la relation. À d’autres moments, un protocole EMDR pourra être pertinent.
L’enjeu est de ne pas aller plus vite que ce que la personne peut intégrer.
Le rythme de la thérapie appartient à la personne qui l’accompagne.
Transformer son rapport à son histoire
Le but d’une thérapie n’est pas de changer le passé.
Ce qui s’est passé ne peut pas être défaillant.
Mais notre manière d’être en relation avec cette histoire peut évoluer.
Un souvenir qui provoquait autrefois une réaction intense peut progressivement devenir un élément de son histoire, sans occuper toute la place.
Une personne qui avait appris à se protéger en se coupant de ses émotions peut retrouver la possibilité de les sentir.
Une personne qui avait appris à ne pas déranger peut découvrir qu’elle peut prendre sa place.
Une personne qui avait perdu confiance dans les autres peut progressivement expérimenter de nouvelles formes de relation.
C’est dans cette perspective que l’EMDR et la Gestalt-thérapie peuvent être complémentaires : retravailler ce qui reste douloureusement actif du passé et soutenir, dans le présent, l’émergence de nouvelles possibilités.
Pour quelles problématiques ?
Cette complémentarité peut notamment être envisagée dans l’accompagnement de personnes confrontées à :
- des événements traumatiques ponctuels ;
- des traumatismes relationnels ou répétés ;
- des difficultés liées aux violences vécues ;
- des phobies ou des peurs importantes ;
- des expériences de séparation ou de perte ;
- des difficultés relationnelles persistantes ;
- une faible estime de soi ou un sentiment de ne pas avoir de valeur ;
- des difficultés à poser ses limites ;
- des réactions émotionnelles ou corporelles qui semblent échapper au contrôle ;
- des situations où le passé continue à influencer fortement la vie présente.
Chaque situation reste singulière et nécessite une évaluation thérapeutique adaptée.
L’EMDR peut aider à apaiser l’empreinte du traumatisme. La Gestalt-thérapie peut accompagner la manière dont cette histoire continue à se vivre dans le présent.
Ensemble, ces deux approches peuvent contribuer à un chemin thérapeutique qui ne cherche pas à effacer l’histoire, mais à permettre à la personne de ne plus être entièrement déterminée par elle.

